Une espèce de caveau assez orné de sculptures s'offre à ses regards. Une tombe à moitié ouverte est placée dans un coin. À l'approche de Victor, il s'en échappe un oiseau sinistre qui fait une peur affreuse au pauvre Valentin. Victor lui reproche son peu de courage, s'approche du monument, et y lit ces mots:

«Constance-Adélaïde de Munster, fille du duc de Mensterberg, prononça dans cette abbaye des vœux éternels, l'an 1582. Son père voulait la marier à un grand qu'elle n'aimait pas: son cœur s'était donné au beau page Hillerin, qui l'adorait. Le page mourut de désespoir, et la belle Constance de Mensterberg vint expier ici le malheur de son rang, qui l'avait privée de l'amant le plus tendre. Fuyez l'amour qui cause tant de peines, vous tous qui lirez cette épitaphe, et priez Dieu pour l'ame de celle qui repose sous cette pierre».

Les rangs, l'orgueil et la fortune, s'écria Victor, ont donc été de tous les temps les tyrans de l'amour?.... Il fit une courte prière sur la tombe de l'infortunée Mensterberg, puis il continua sa route souterraine.

Ce fut une espèce de cellule qu'il rencontra ensuite: elle était peu ornée; on y distinguait seulement un méchant lit, une table, quelques siéges, et un squelette, qui fit reculer d'effroi le timide Valentin. On lisait sur les murs:

«Ici, je me familiarise avec l'idée de la destruction. Le malheureux ne vit point, il meurt sans cesse; il faut qu'il apprenne à souffrir le moment heureux qui doit le conduire de cet engourdissement à la mort».

Victor remarqua que quelqu'un était venu, peu de momens avant, dans cette cellule; car il trouva un mouchoir trempé de larmes. Quelle est donc cette infortunée, dit-il? car sans doute c'est celle qui s'est enterrée vivante, suivant ses propres expressions, dans ces cavernes sombres. Serait-ce la religieuse que nous avons vue dans l'église? serait-elle seule, seule ici? Une femme! ah Dieu! quel amour! quelle vertu!

Victor rencontra encore un tombeau, mais dont l'inscription le frappa plus que toutes celles qu'il avait déjà lues. Ce tombeau, simple et sans faste, taillé seulement dans le roc, était totalement découvert. On y voyait un cadavre, dont les traits n'étaient pas assez défigurés, pour qu'on ne remarquât point que c'était celui d'une jeune fille qui avait été belle. Un portrait était collé sur sa bouche, qui semblait encore le baiser; et tandis que l'une de ses mains tenait encore ce portrait entièrement décoloré, l'autre main supportait une planche de marbre sur laquelle on avait gravé:

«Son cœur est là contre mon cœur; ses cheveux servent de coussin à mes cheveux. Léopold dort ici avec son Alexandrine. Tous deux constans, tous deux séparés et persécutés par un rival puissant et jaloux, n'ont pu se rejoindre que dans la tombe. Pleurez, amans, pleurez, et apprenez que l'espoir d'une telle réunion fut la plus douce consolation qu'ils eurent pendant leur courte vie.

»Alexandrine gît ici depuis 1599, et Léopold, dont on n'a pu obtenir que le cœur et les cheveux, fut réuni à celle qu'il avait adorée, en 1608».

Quittons cet asyle des morts, s'écria Victor; il me fait trop de mal.—Oui, quittons-le, monsieur, interrompit Valentin; il y a déjà plus de deux heures que je voulais vous le proposer: je n'aime pas cela, moi, ça m'attriste trop.