Victor et son épouse vendirent donc toutes leurs propriétés d'Allemagne, ainsi que leur superbe château, en se réservant seulement la portion du parc où reposaient leur père et madame Germain: ce jardin devait rester dans leur famille, et passer à leurs enfans, sans qu'ils pussent s'en défaire, ainsi qu'ils avaient le projet de leur en prescrire la loi. Ce n'est pas que nos deux époux qui allaient habiter une autre contrée, voulussent venir de temps en temps visiter cet asyle des morts; mais ils le gardèrent par respect pour la mémoire d'un père infortuné.
Ils donnèrent à Fritz, une de leurs terres de Silésie; où ils le déterminèrent à vivre avec son père, qui faible et presqu'en démence, avait besoin de tous les soins de la piété filiale. Puis ils partirent, avec Rosange, Berthe et Valentin: après un voyage assez long, ils arrivèrent à Paris, le 20 janvier de l'année 1701, et descendirent à la place royale, dans l'hôtel même de M. de Rosange, que des subalternes fidèles avaient gardé pendant la longue absence de leur maître. Victor ensuite, qui prit le nom de Rosange, d'après le vœu et le testament que son aïeul avait déjà fait en sa faveur, Victor acheta un magnifique hôtel dans le fauxbourg S.-Germain, près de la rue de Condé, qu'avait autrefois habité madame du Sézil, et nos deux époux s'y retirèrent avec M. de Rosange, qui ne voulut point les abandonner. Ce fut même dans ce quartier-là, qu'ils retrouvèrent Henri, marié avec Constance, et qui, comme nos héros, était passé en France avec ses parens.
Victor et son épouse s'aimèrent toujours: Valentin les servit jusqu'à sa mort, avec Hyacinthe, cet enfant adopté par madame Germain, et que Valentin avait retiré, en Bohême, des mains de la fermière à qui il l'avait confié: Hyacinthe fut un bon serviteur, et heureux chez ses maîtres. La bonne Berthe eut la garde de la porte de l'hôtel, et fut accablée de bienfaits. M. de Rosange mourut très-âgé, et Victor et Clémence vécurent très-long-temps: ils eurent des enfans qui leur fermèrent les yeux, et qui, en héritant de leur nom, de leurs grands biens, profitèrent de l'exemple de leurs malheurs, de leur courage, de leur constance, et furent vertueux.
FIN.
NOTES:
[1] Lolotte et Fanfan.
[2] Alexis, ou la Maisonnette dans les bois.
[3] Petit-Jacques et Georgette, ou les Petits Montagnards Auvergnats, trois ouvrages du même auteur, qui se trouvent chez le même libraire.
[4] Le lecteur ne doit pas oublier qu'il y a plus de cent ans que cette histoire est arrivée.
[5] Nom qu'on donne, en Allemagne, à une classe de prisonniers.