Madeleine et Marie étaient de plus en plus terrifiées. Cette femme qui jouait ainsi avec la mort, avec la religion, avec la charité, avec tout ce qu'on a l'habitude de respecter et de craindre, leur semblait une véritable monstruosité.

Madeleine regardait Marie d'un air anxieux et interrogatif.

Marie, qui observait son père, répondit par un signe d'intelligence qui voulait dire:

«Il faut attendre encore.»

«Moi, je vous assure, madame Tribouillard, dit Bordier avec une voix déjà chevrotante, que vous finirez par vous faire pincer comme escrocs.

—Ah! bien, oui! ils sont si bêtes ces bourgeois! Ils croient qu'en faisant l'aumône ils iront d'emblée au paradis. Ce n'est pas tant qu'ils aient pitié du monde, c'est pour racheter leurs péchés. Faut-il qu'ils en aient commis, des péchés, pour avoir tant à racheter que ça. On n'a qu'à leur dire qu'on va à la messe, et qu'on priera bien pour eux, jamais ils ne refusent.

—Pas moins, répondit Bordier, qu'un jour vous vous êtes joliment mis dedans avec la messe. Un curé demande à Mme Tribouillard si elle va à la messe: «Ah! oui, monsieur le curé, matin et soir.» Il vous a dit votre compte, monsieur le curé!

—Dans tous les métiers, il faut faire des écoles.

—Eh bien! c'est égal, les opinions sont libres. Mais moi, Bordier, tout Bordier que je sois, c'est-à-dire un ivrogne, un pas grand'chose, jamais je ne voudrais jouer cette comédie-là.

—Toi, Bordier, tu deviendras cafard, je l'ai toujours dit, fit Tribouillard qui parlait comme dans un rêve.