Fossette courut dans l'escalier et fit entrer celle que Robiquet appelait la petite danseuse du sixième. C'était presque une enfant; elle avait quinze ans à peine. Sa figure brune et pâle rappelait un peu le type passionné de la bohémienne. Ses grands yeux noirs, animés par l'indignation, avaient une vivacité, un éclat sauvages. Elle portait sur sa chevelure épaisse, un peu crépue, une résille de chenille rouge.

Sa taille souple, cambrée, était à la fois énergique et voluptueuse, comme celle de ces filles vagabondes, de sang mauresque, dont les passions brûlantes n'admettent pas d'entraves.

Elle s'appelait Christine Ferrandès. Elle était Espagnole par son père, mais Française par sa mère.

«Mon Dieu! mon Dieu! criait-elle, que va devenir grand'mère et la poverinette? Ah! c'est la petite, surtout!»

Cette douleur était si expansive, si vraie, que tous les cœurs étaient touchés. Geneviève elle-même oubliait sa propre souffrance, et Madeleine avait des larmes plein les yeux.

Elle questionna Christine sur sa position.

Dans un récit entrecoupé de sanglots, la petite danseuse raconta qu'elles étaient quatre là-haut dans un grenier: une enfant de six ans, une aïeule paralytique, elle, qui apprenait à danser, sa mère enfin qui était blanchisseuse et qu'un commencement de phtisie empêchait de laver pendant l'hiver. Le jour, la pauvre femme cousait des chemises de soldat à six sous la pièce, et, vers le soir, en effet, elle allait mendier; car son mince salaire ne pouvait suffire à nourrir quatre personnes.

«Elle est si jolie, ma petite Rita! ajouta Christine avec passion. Sa mère est morte, et on l'avait mise aux Enfants-Trouvés, dans cette grande maison si triste. J'étais allée la voir. Elle demandait toujours sa mère; elle se pendait après moi pour me suivre; et je l'ai emmenée, la pauvre petite. Sans doute elle n'est pas aussi bien nourrie, mais elle a notre amour. Ah! nous l'aimons bien! Si vous voyiez, c'est elle qui est toujours la plus belle. Je travaille aussi, je fais des bonnets. En passant la nuit, je puis gagner trente sous. Là-dessus il faut payer mes leçons de danse; c'est ce qui nous ruine. Mais quand je serai célèbre, ajouta-t-elle en se redressant, j'aurai beaucoup d'argent et nous serons toutes heureuses. Maman!... Ah!... maman!... croyez-vous qu'on me la rendra?»

Et elle se reprit à sangloter.

Madeleine remit à cette enfant son porte-monnaie qui contenait sa dernière pièce de vingt francs.