Madeleine chercha des yeux Mme Daubré, et ne la trouva point; mais elle vit à sa place le jeune Albert. Il paraissait plongé dans une de ses rêveries qui lui étaient habituelles. Il tenait à la main un livre qu'il avait laissé tomber sur ses genoux. Ses yeux étaient fixés sur le sommet d'un marronnier, que pourtant il ne regardait point. Quand Madeleine s'approcha de lui, il tressaillit, et pendant quelques secondes il ne put répondre à cette simple question:
«Où trouverai-je Mme Daubré?»
Albert avait l'imagination aussi poétique qu'impressionnable. Madeleine, enveloppée par la lumière du soleil, lui apparaissait alors comme au milieu d'une gloire. Elle avait marché vite. Ses joues étaient animées; ses bandeaux soulevés par la course, dessinaient de petites ondes autour de son front resplendissant. À travers les longs cils de ses paupières à demi fermées par l'éclat du soleil, jaillissaient des rayons à la fois doux et pénétrants.
Depuis huit jours que Madeleine était entrée chez Mme Daubré, Albert avait senti grandir la sympathie qu'elle lui avait inspirée lors de leur première rencontre chez les Borel.
«Ma belle-sœur est allée avec Maxime Borel faire une promenade au bois, répondit-il enfin. Ils ont emmené Jeanne. Vous êtes donc libre, mademoiselle. Je suis venu vous prévenir de ne pas attendre Mme Daubré.
—Combien je vous remercie, monsieur! fit-elle, réellement touchée de cette attention.
—Oh! ne me remerciez pas, j'avais envie de sortir; et, vous voyez, je lisais mon auteur favori.»
C'étaient les poésies d'Henri Heine.
«Je puis donc rentrer,» dit Madeleine, heureuse d'avoir quelques heures de liberté; car depuis huit jours elle n'avait pas trouvé un moment pour se recueillir et travailler.
Elle cumulait en effet chez Mme Daubré les emplois de lectrice, de demoiselle de compagnie et d'institutrice. Que d'exigences n'avait-elle pas, cette coquette désœuvrée et surtout ennuyée!