—Elle est très-bonne ouvrière. Elle a quelque instruction et surtout beaucoup de goût. Elle sait s'habiller gentiment avec des loques. L'état de fleuriste lui plairait mieux que la couture et la passementerie; car elle est passementière; mais elle n'a pas d'avances pour faire un apprentissage. Enfin, Lionel, je vous en prie, pensez à elle aussi; car j'aurais un très-grand chagrin de m'en séparer.

—Je vous promets d'en parler, répondit Lionel. Vous irez donc demain sans faute chez Mme Thomassin.»

Geneviève promit.

«Lucrèce sera contente de moi, pensa Lionel en descendant l'humide et sombre escalier du n° 37. Dire que des êtres humains vivent là-dedans! Pouah!»

Et il s'éloigna en fredonnant un air d'opéra.

[XVIII]

Lucrèce de Courcy, nous l'avons vu, était une courtisane de la haute école, la courtisane prévoyante de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Ce n'était pas seulement une femme, belle, spirituelle, entraînante; c'était surtout un homme d'affaires.

Elle voyait s'approcher le moment où elle devrait renoncer à la vie qu'elle s'était faite; et comme elle ne voulait se retirer du monde qu'avec une fortune considérable, elle jouait à la bourse et plaçait son argent à très-gros intérêts.

Renardet était son factotum; mais elle n'exerçait l'usure qu'avec une extrême circonspection.

Du reste, dans ce milieu de désordre et de luxueuse galanterie, il lui était facile d'épier le moment où un fils de famille commence à descendre la pente de la ruine et peut encore présenter des garanties. Elle lui offrait alors de le mettre en relations soit avec Renardet, soit avec Pinsard, dont elle se servait comme prête-nom, ce même Pinsard, dont la femme était, rue Saint-Roch, marchande à la toilette.