—Dame! répondit une ancienne, je suppose, moi, qu'elle est bien recommandée et qu'on veut lui faire un sort. Vous vous rappelez Zoé, Lucile, Amélie et tant d'autres qui ont travaillé ici, et qui sont aujourd'hui des princesses pour qui nous travaillons.
—Voilà ce qui est souverainement injuste. Pourquoi ne nous ferait-on pas un sort, à nous aussi? Ne valons-nous pas cette campagnarde, qui dans son pays cardait du coton, et qui ne sait pas seulement dire un mot sans rougir?
—Mes petites chattes, voilà sans doute ce qui plaît à ce vieux, c'est qu'elle rougit; tandis que vous, il y a longtemps que vous ne rougissez plus....
—Monsieur Édouard, fit la littératrice, si vous n'étiez pas un généreux pâtissier, nous ne souffririons pas cette insulte. On vous la pardonne en considération de vos brioches.
—C'est vexant de la voir préférée à nous, ajouta Joséphine; il faut la forcer à quitter l'atelier. Tous les jours nous lui monterons une nouvelle, jusqu'à ce qu'elle parte.
—Pas besoin, pas besoin, mes petites minettes. Elle est trop jolie pour rester longtemps à la paye de quarante sous par jour.
—Eh bien! voilà encore un fameux compliment que nous adresse M. Édouard, fit observer aigrement la demoiselle à repentirs. Et nous, vous nous trouvez donc laides?»
L'ouvrière placée près de la porte entendit le frôlement d'une robe de soie dans l'escalier et dit à demi-voix:
«Voilà madame!»
Édouard s'esquiva prestement avec sa corbeille et ses deux bouteilles vides.