—Vous êtes pourtant de Lille, une ville de manufactures.
—Oui, monsieur, mais j'allais depuis fort peu de temps à la fabrique. Auparavant, je travaillais à la maison.
—Et vous aviez sans doute une mère pieuse? Êtes-vous dévote?»
Geneviève hésita. Elle craignait de donner une mauvaise idée d'elle à ce bienfaiteur, religieux peut-être.
«Non, monsieur, dit-elle enfin. Ni mon père pi ma mère ne vont à la messe, et moi, je n'y allais pas davantage. Mon père est un très-honnête homme; mais c'est une idée comme cela, il ne peut souffrir les capucins.
—Ah! ah! c'est un esprit fort? Tant pis, ma fille! Pour les femmes comme pour le peuple, la religion est un frein nécessaire. Je désire que vous ayez un peu de dévotion. Sans doute je ne veux pas faire de vous une religieuse. Cependant j'aimerais mieux trouver en vous ces sentiments qui élèvent l'âme et l'esprit, et préservent des honteux désordres.
—Ah! monsieur, s'écria Geneviève, certainement j'ai commis une faute grave; aux yeux de bien des gens, j'ai perdu le droit de me dire une honnête fille; cependant, si vous voulez vous informer, vous saurez que j'ai toujours eu une bonne réputation.»
Elle avait des larmes dans les yeux.
«Comment, fillette, vous pleurez! Dépêchez-vous d'essuyer ces beaux yeux-là. Je vous déclare que je ne puis supporter les pleurs. J'ai les nerfs très-impressionnables. Cela pourrait même troubler ma digestion.»
Geneviève essaya un sourire.