M. Daubré supportait donc très-patiemment la séparation conjugale. Sans doute sa femme voudrait rester à Paris quelque temps encore; et l'idée des luttes, des scènes peut-être qu'il allait avoir à soutenir troublait très-désagréablement sa placidité.
«Surtout, lui dit Mme de Lomas, pas de reproches! Ne laissez rien paraître de votre jalousie.
—De ma jalousie! Mais, encore une fois, je ne suis pas jaloux.
—Alors c'est peut-être votre indifférence qui déplaît à Géraldine.
—Allons, bon! maintenant, il faut que je sois jaloux.
—Non, pas sérieusement, seulement pour lui faire croire que vous l'aimez toujours avec passion.
—Mais je ne l'aime pas avec passion; je l'aime avec respect, comme on doit aimer la mère de ses enfants.
—À la grâce de Dieu! dit Mme de Lomas en poussant un énorme soupir. Je vais prier, mon gendre, prier pour la continuation de votre bonheur. Et je vais commander une neuvaine aux rédemptoristes pour que Marie protège ma pauvre Géraldine contre les embûches du démon.
—Chère enfant! pensait la dévote en se retirant, comment ai-je pu la marier à ce butor, qui ne comprend rien aux délicatesses du cœur féminin? Si ma fille est coupable, ce sera bien lui qui l'aura voulu!»