—Mais, mon enfant, je vous aime; je vous l'ai dit, je vous le répète, je vous garderai toujours un excellent souvenir. Vous avez été si bonne pour moi, si tendre! Comment pourrais-je jamais l'oublier?»

Geneviève écoutait, l'œil hagard, ces froides protestations.

«C'est donc fini, bien fini, dit-elle lentement. Adieu, vous ne me reverrez plus.»

Il la retint.

«Quoi! Où allez-vous? Que voulez-vous faire? Écoute-moi, Ginevra.»

Ce nom, qu'il lui donnait autrefois quand il l'aimait, la fit tressaillir; et, se rattachant à ce frêle espoir, elle resta.

Debout, le regard morne, la bouche impassible et serrée, elle attendit. Mais son attitude exprimait une résolution désespérée.

«Il faut raisonner, mon enfant, dit Lionel, en prenant dans les siennes la main glacée de la jeune fille. Où cet amour nous mènerait-il? Jamais ma mère ne consentirait à cette union. Jamais Mme Daubré ne vous accepterait pour sa belle-sœur. Je suis sans fortune, je vous le répète. Que ferions-nous donc? Habitué à l'oisiveté, je ne puis songer à gagner ma vie à la sueur de mon front. En vous épousant ou en continuant nos relations, je perds mon avenir comme je perds le vôtre; car c'est un avenir que le duc vous offre, un brillant avenir. Ce n'est pas une position tout à fait régulière, je le veux bien; pourtant ces unions illégitimes sont si communes aujourd'hui que l'usage les a presque consacrées. Vous êtes si bonne, si charmante; avec un peu plus d'éducation, vous seriez une femme accomplie. Le duc vous appréciera, vous aimera; et peut-être, plus tard.... Sa femme est âgée, maladive; si vous savez vous rendre indispensable à son bonheur....

—Ah! oui, il m'épousera, n'est-ce pas? dit-elle avec amertume. Je sais maintenant le cas qu'il faut faire de semblables espérances. Non, je n'accepterai pas cette position humiliante. Vous m'avez trompée, vous êtes lâche, vous êtes sans excuse!

—Vous me faites cruellement sentir, Geneviève, la malheureuse et fausse situation dans laquelle je me trouve placé. Le mariage qui s'offre à moi est inespéré; et il est certaines dettes d'honneur que je ne pourrai jamais payer autrement. Or, vous le savez, on doit sacrifier à l'honneur son bonheur même.»