Les femmes délicates et nerveuses la déclaraient laide, car il y avait entre ce type et le leur une trop complète dissemblance. Mais les hommes, les hommes blasés surtout, à première vue en tombaient épris.

Après s'être admirée, elle se détourna du miroir avec impatience.

«Que ne suis-je blonde, maigre et riche comme Mme Daubré? soupira-t-elle.... Mais je serai célèbre, riche peut-être, et alors....»

Et, faisant un effort, elle se mit à travailler.

Sa bouche devint sérieuse, sa narine se souleva, son œil humide prit soudain de la fixité et de la profondeur. On l'eût dite inspirée.

À quoi donc travaillait-elle? La pauvre enfant écrivait un poëme, et sur ce poëme elle basait ses espérances de fortune.

Elle avait entendu parler cependant des difficultés de parvenir par la littérature, soit à la célébrité, soit à la richesse. Mais ces difficultés, tous les poëtes les connaissent, les uns par ouï-dire, les autres par expérience; et ils conservent quand même la foi au succès. C'est cette foi, ou plutôt cet orgueil sublime qui fait les grandes personnalités.

Madeleine était brave, parce qu'elle avait vingt ans.

Comme elle sentait la vie puissante en elle, elle ne pensait pas que son courage pût faiblir. Enfin, ayant un grand amour de l'art, elle ne soupçonnait rien des dégoûts du travail; et son imagination se formait sur le monde des artistes les plus chimériques illusions. Ainsi, elle se refusait à croire que les déboires d'amitié, les injustices, les critiques jalouses fussent ordinairement le dot du talent.

Elle ignorait également que, si cette carrière est difficile pour l'homme le plus intrépide, elle est presque impossible à la femme; car elle a de plus à lutter contre l'ironie masculine et contre le préjugé qui veut limiter ses facultés à l'art de plaire, à la science du ménage.