«Mon cher Théodore, répondit Bathilde, je te remercie de ces bons sentiments; mais je t'assure que je parle sans colère. Je suis fort indulgente, tu le sais, pour les opinions d'autrui; je comprends donc que vous combattiez les miennes. Seulement à quoi bon ces luttes qui fatiguent sans profit pour personne? Quand on ne peut s'entendre, ne vaut-il pas mieux se séparer?»
Elle se leva et sortit. Mais elle avait prononcé ces derniers mots avec un léger tremblement dans la voix.
«Vous faites des sottises, Euphémie, dit M. Borel fort ému. Puisque Bathilde ne surveille pas Madeleine, ne pouviez-vous la surveiller vous-même sans faire tant de tapage? Vous savez que j'aime beaucoup ma sœur, malgré ses extravagances. Enfin, s'il faut vous le dire, la plus grande partie de sa fortune est engagée dans mon industrie. En ce moment-ci, une rupture entre nous pourrait me gêner beaucoup.»
Toute la famille demeura interdite.
[V]
Cependant Madeleine était remontée dans sa chambre, et, toute tremblante, elle lisait la lettre qu'elle venait de recevoir.
Cette lettre était de sa seconde sœur, Amélie, institutrice dans l'Ardèche. En voici le contenu:
«Lyon, mars 1863.
«Ma chère Madeleine,
«J'ai un grand malheur à t'apprendre: notre mère est aveugle. Elle en est inconsolable. Elle appelle la mort. Elle ne peut se résoudre à tomber entièrement à notre charge et à devenir pour nous un surcroît de misère. Bien que sa vue fût depuis longtemps affaiblie, cependant elle pouvait encore gagner quelques sous en cousant des sacs; maintenant, elle ne peut plus enfiler son aiguille.