—Trente mille francs! Mais il me semble que c'est beaucoup d'argent. Pour tant de malheureux ce capital serait la richesse.

—C'est possible; mais moi je ne puis vivre à bon marché. Il y a telles dépenses que vous ne soupçonnez pas et qui sont considérables. Mon écurie seule me coûte ces trente mille francs. Enfin, ce que mon père ignore, c'est que j'ai un train de maison à soutenir.

—Un train de maison! s'écria Madeleine qui allait de surprise en surprise.

—Ce n'est pas que je sois précisément marié. Vous qui êtes une femme forte, vous devez me comprendre.»

Madeleine eut froid entre les épaules.

«Eh bien! ma maison me coûte environ 80 000 francs par an. Maintenant, il y a mes dépenses personnelles. Vous voyez que je suis un homme d'ordre et que je tiens régulièrement mes comptes. Or, depuis trois ans que mon père m'a mis à la portion congrue de 30 000 francs, j'ai emprunté 280 000 francs, avec lesquels j'ai pu vivre à force d'économies. Mais, comme je les ai empruntés à des usuriers, je dois près de 450 000 francs. Il y a des lettres de change protestées et prise de corps. J'ai à mes trousses un certain Renardet qui a, je crois, une vengeance particulière à exercer; car il me poursuit avec une âpreté qui ne me laisse ni repos ni trêve. Je vais à Lyon, où ma famille est connue et où j'espère trouver ces 450 000 francs à des conditions plus douces, car il faut absolument que je me tire de là.

—Pauvre monsieur Maxime! fit Madeleine avec une réelle pitié. Vous êtes bien malheureux de vous créer ainsi des besoins factices que vous ne pouvez satisfaire qu'au prix de mille tracas. Et songez-vous au mécontentement de votre père et de votre mère?

—J'y pense sans doute; mais ils se conduisent à mon égard avec tant de lésinerie! Mon père a 400 000 francs de rentes, je le sais pertinemment, et il me laisse végéter dans une misère relative, on ne peut plus humiliante.

—N'est-ce pas pour vous qu'il conserve cette fortune?

—Mais si je ne profite pas de cette fortune pendant ma jeunesse, quel besoin en aurai-je lorsque je serai vieux, cacochyme, édenté, perclus de rhumatismes, racorni au moral comme au physique?