À son arrivée, Jacques Bordier releva la tête. Des larmes brillaient dans son regard farouche.
D'un coup d'œil, Mlle Borel vit ces larmes et toute cette misère. Elle se sentit navrée, mais elle réprima vite la compassion qui se peignit sur son visage. Elle savait que la pitié blesse les âmes fières. Elle pensait que ce n'est pas seulement la misère qui dégrade, mais que c'est plutôt l'aumône qui place le pauvre dans une humiliante infériorité. Or, la pitié, n'est-ce point l'aumône du cœur?
«J'ai appris, dit-elle, que Françoise devait accoucher plus tôt qu'elle ne l'avait pensé, et j'apporte du linge pour le nouveau-né, une couverture et du vin pour la malade.
—Ah! mademoiselle, que vous êtes bonne!» soupira Françoise.
Jacques essuyait ses larmes à la dérobée, et son visage trahissait l'embarras.
«Voyez, mademoiselle, dit la mère Michu, qui venait d'envelopper l'enfant dans des langes propres, la belle petite fille! Et Jacques qui se désespère!
—Combien donc avez-vous d'enfants? demanda Mlle Borel en se tournant vers Bordier.
—Je n'ai pas d'enfants, je n'ai que des filles.»
Mlle Borel ne releva point cette singulière réponse, qui ne parut pas même la surprendre.
Le paysan, en effet, ne considère que la force. Comme il n'a d'autre richesse que ses bras, la naissance d'un garçon qui pourra l'aider dans ses travaux, c'est dans l'avenir une augmentation de bien-être; mais la naissance d'une fille, c'est plutôt, en perspective, un accroissement de pauvreté.