«Ah çà! pensa Maxime piqué au vif, serait-elle coquette! C'est un peu fort! S'endormir au milieu d'une déclaration si respectueuse! Ah!... elle s'endormait!...» répétait-il profondément blessé dans son amour-propre.
Maintenant il attachait sur Madeleine un regard de dépit et de convoitise. Il mordillait sa moustache et souriait avec une expression sarcastique.
«Où sommes-nous donc? fit Madeleine, qui, cherchant à lutter contre son émotion, se pencha à la portière.
—C'est décidément une coquette, pensa de nouveau Maxime. Et je ne m'en étais pas aperçu! Ah çà! serais-je sérieusement amoureux? Soyez donc vertueux avec les femmes! La meilleure.... Comme elle évite de me regarder! Elle s'amuse à me faire poser. Je me sens ridicule. Mais nous allons voir tout à l'heure.
—Dites-moi, Madeleine, avez-vous déjà écrit des vers sur l'amour? C'est là le thème éternel de toute poésie.
—Oui. Pourquoi?
—Parce qu'il doit être assez curieux de voir comment une jeune fille de vingt ans, qui est censée ignorer ce sentiment, peut en parler en vers. Voyons, traitez-moi en camarade et récitez-m'en quelques-uns. Je ne supporte pas la poésie, mais la vôtre m'intéressera. Faites-moi la charité d'une petite strophe.
—Non! répondit gravement Madeleine.
—Remarquez bien que dans ce moment-ci nous parlons raison et faisons une étude psychologique. Voilà encore un de ces mots barbares dont abuse la tante Borel, et qui doivent vous êtes familiers. Je voudrais savoir comment aime une jeune fille pour la première fois. C'est un véritable service que je vous demande, car un homme ne peut être certain de la justesse de ses propres études, attendu qu'il n'est jamais sûr d'être le premier. Voilà pourquoi sans doute nous préférons à ces prétendues ingénues des femmes qui ont du moins le courage du vice et le mérite de la sincérité. Vous comprenez: être le trentième ou le troisième, il n'y a pas une si grande différence que l'on croit.
—Je désire que nous changions de conversation, dit Madeleine offusquée du ton léger que prenait Maxime.