—Oui, c'est le Coatlanguy... J'avais vu hier ce tableau dit-elle en soupirant.
Et reprise, malgré les émotions poignantes qu'elle venait de traverser, d'un intérêt inexprimable pour le peintre, elle formula une question presque malgré elle:
—Connaissez-vous celui qui a peint cela?
—Je l'ai vu deux ou trois fois.
—Il y a longtemps, alors, car il doit être mort depuis des années?
—Mort, Hervé Lebreton! Un de mes amis l'a rencontré ces temps derniers à Venise!
Le cœur de Léna eut un sursaut si vif, qu'elle crut perdre la respiration.
—Alors, ce n'est pas le même, dit-elle enfin avec une sensation désolée.
—Je sais très peu de chose de ce peintre, qui a du talent. On le disait neurasthénique, éprouvé par des chagrins intimes. Sa santé était délicate, il ne pouvait toujours travailler; aussi son œuvre est-elle peu considérable; mais les amateurs le connaissent bien.... Si j'osais laisser ici cette toile? Monsieur le curé est breton; peut-être serait-il bien aise de garder une étude qui, si jolie qu'elle soit, m'a été donnée, je m'empresse de vous le dire, pour un prix très minime.
—Un prix très minime? répéta Léna dont les yeux s'animèrent. Hier, on m'en demandait plus de trois cents francs!