Léna partit le soir même, sans vouloir tarder d'un jour, et sans avoir voulu avertir l'oncle Alain.
—Tu n'as même pas vu les Invalides, ni le musée Grévin! disait Mélanie, désolée, pendant le repas hâtif qu'on avait avancé.
—Vous n'êtes pas entrée à Notre-Dame, ni montée à Montmartre! murmurait le vicaire, presque scandalisé.
—Et tu as à peine joué sur l'harmonium descendu pour toi! ajouta le curé en soupirant.
Elle partit, laissant à Mélanie la toilette grise qui, pour elle, s'associait à ses amers déboires. Chose étrange, elle n'emportait de Paris d'autre souvenir tangible que la petite toile représentant le Coatlanguy.
Elle s'enveloppa dans sa mante, s'enfonça dans le coin du wagon des dames, et le même train qui l'avait amenée, radieuse d'espérance, l'emporta, déçue, amère, douloureuse.
—Pauvre petite Léna! murmura le curé, rentrant sans bruit dans la misérable salle que le costume breton avait éclairé pour lui d'un rayon vite éteint.
La nostalgie demeurait au cœur de ce vieillard qui, en vivant loin de «chez lui», offrait à Dieu un sacrifice silencieux, sans cesse renouvelé.
Il ouvrit l'harmonium, mit la sourdine, et ses doigts raides et maladroits ébauchèrent l'air doux et mélancolique du cantique de saint Hervé. A demi-voix, se consolant lui-même, il murmura la strophe touchante qui, jaillie du cœur d'un saint breton, ranimait son cœur d'exilé:
«Au Paradis, nous verrons encore, pleins de gloire et de grâce, nos pères, nos mères, nos frères, les hommes de notre pays....»