—Julie n'a point trouvé de place dans la voiture de Florence, elle changera en route, dit-il, parlant évidemment de la femme de chambre.
Léna respira: elle avait craint qu'ils n'allassent à Venise.
—As-tu vu cette dame qui se dirigeait vers les secondes, avec un manteau à capuchon? reprit Landry sans prendre la peine de baisser la voix. Cela m'a fait un drôle d'effet... tout à fait la mante bretonne.... Eh! la voilà, à l'extrémité de ce wagon.... Ce doit être une Anglaise.
Il reprit sa promenade, tandis que Séverin jetait un coup d'œil rapide dans l'intérieur du compartiment. Léna respira plus vite; mais elle savait qu'il était impossible de distinguer ses traits sous l'abri miroitant de son voile.
Le conducteur du train vint lui parler, lut la carte du sous-chef de gare, et lui promit de veiller sur elle. Séverin s'approcha de lui un peu après.
—Il y a, dit-il, dans la voiture 1040, une dame qui a très peu l'habitude des voyages. Puis-je vous demander de vouloir bien vous occuper d'elle, notamment à la frontière?
—Une Bretonne? Un des sous-chefs de Montparnasse me l'a déjà recommandée, répondit le conducteur. Elle va à Venise.
Séverin lui glissa dans la main une pièce de cinq francs, et regagna le wagon-lit.
Il s'abstint de faire part de sa découverte à Landry. Mais son œil perçant avait reconnu Léna non seulement à son attitude, mais encore au mouvement d'effroi avec lequel, en l'apercevant, elle avait détourné la tête.
Pourquoi s'en allait-elle ainsi toute seule? Ne pouvait-elle plus supporter la vie austère qu'elle avait cru échanger contre le bonheur? Avait-elle là-bas quelque parent, ou quelque amie pouvant lui offrir le soulagement d'un changement de lieu? Cherchait-elle la bienfaisante distraction du travail? Quoi que Landry pensât de sa situation, avait-elle eu besoin d'un emploi rétribué?