La soirée s'acheva délicieusement. Hervé livra ses trésors, et parla avec une éloquence merveilleuse de l'art et des écoles d'Italie. Séverin, selon sa coutume, mettait en lumière les dons de ses interlocuteurs. Minuit sonnait encore une fois quand il quitta l'atelier, adressant à Léna et à son père un remerciement ému pour cette soirée, qui lui avait donné l'illusion d'une famille.
XXVIII
Dès le lendemain, Léna reçut la visite redoutée de la comtesse Bolomei.
L'atelier était gai et agréable, encore orné des fleurs de la veille, et Hervé disposait une toile, songeant à commencer le portrait de sa fille, lorsque Giuseppa, effrayée, souleva la portière sans dire un mot, et introduisit la visiteuse que suivait Séverin de Salles.
Léna, d'abord interdite, vit une petite personne mince, avec un de ces teints délicats de vieille femme qui sont, d'ordinaire, le privilège du Nord, et des grappes de boucles blanches, démodées et seyantes, encadrant un visage très fin, qu'éclairaient des yeux très noirs.
Elle était vêtue d'une étoffe de soie sombre à ramages, d'une jaquette de loutre, et coiffée d'un chapeau garni de plumes. Son aspect était éminemment distingué, mais extrêmement simple. Elle avait gardé ou atteint la perfection du naturel.
Léna rencontra un regard bienveillant, un aimable sourire, et, pendant que Séverin accomplissait les rites des présentations, elle eut le temps de reprendre son sang-froid.
—M. de Salles me procure un vif plaisir que je désirais depuis longtemps, dit la comtesse, tendant la main au peintre. Je suis très heureuse de connaître l'aimable artiste qui a adopté ma chère Venezzia pour sa seconde patrie, et dont nos compatriotes admirent spécialement les œuvres ravissantes.... Mon mari, qui ne s'aperçoit pas que je deviens vieille et laide, aimerait, dit-il, à avoir encore un portrait de moi,—la maison en est remplie,—si le pinceau de M. Lebreton se prêtait à peindre un visage fané.
Les yeux d'Hervé brillèrent.
—La contessa devrait savoir, artiste comme on la dit, que ce serait pour moi un vrai bonheur de la peindre en son automne.