—Oh! ce serait si bon à vous de nous demander quelque chose! dit Léna avec simplicité.
—Eh bien! laissez-moi vous emmener au Lido! Nous aurons une gondole avec une cabine fermée, et nous profiterons des heures ensoleillées....
—Pourquoi pas? répondit Hervé, souriant au regard suppliant de sa fille.
Et une heure après, Séverin revenait, chargé de plaids. Une gondole à deux rameurs les attendait, avec sa petite cabine noire, et elle glissa bientôt sur l'eau verte et frémissante.
Oh! quel trajet idéal pour l'homme triste et veilli qui avait cru mourir solitaire, et qui revenait à la vie dans les bras de sa fille,—et pour Léna, heureuse de le voir là, presque guéri, souriant, heureuse pour elle-même de contempler ce spectacle incomparable, d'être à Venise, et d'aller au Lido!
Séverin, lui, éprouvait la douceur mélancolique qu'éprouvent à voir sourire les autres ceux dont le bonheur est mort.
Ils passèrent le long du jardin public, devant l'entrée de l'Arsenal; ils longèrent les gigantesques navires de guerre, et croisèrent d'innombrables gondoles.... Quelle douce, charmante journée! C'était délicieux d'aborder sur la terre ferme, de revoir des arbres, même dépouillés par l'hiver.... C'était nouveau et amusant pour Léna de se trouver dans un hôtel élégant, de s'asseoir à une petite table pour déjeuner confortablement, de voir des types de touristes, et surtout de jouir de tout cela dans cette intimité charmante et joyeuse.
Et quelle station délicieuse sur la grève dorée par le soleil, devant cette immensité qui ne rappelait pas la mer bretonne, mais qui avait sa beauté superbe, impressionnante, qui retenait irrésistiblement le regard!
Quand ils revinrent, une vie plus intense animait le visage du peintre.
—C'est encore un jour de fête, dit-il. Sauf à embarrasser ma petite ménagère, revenez ce soir finir avec nous cette soirée du nouvel an.... Seulement, vous jeûnerez si vous n'aimez pas les crêpes.