—Il reviendra; il a été déçu de ne pas te voir... très déçu, Léna.
Elle ne répondit rien, et se mit en devoir de préparer la petite table du dîner. Ses mouvements étaient fiévreux, et son cœur battait à l'idée d'entendre une parole qui la froisserait et diminuerait son père à ses yeux.
Mais Hervé ne parla plus de Séverin. Avec un peu d'effort d'abord, puis avec un intérêt réel, il questionna sa fille sur ce qu'elle avait vu dans sa promenade, et lui donna sur les palais et les églises de ces détails dont sa mémoire était riche, et qui, sous sa parole imagée et facile, prenaient un intérêt extraordinaire.
Mais, comme distraite malgré elle et instinctivement soulagée, elle prenait son ouvrage près de la lampe pour passer une tranquille soirée, le timbre de la porte d'entrée résonna deux fois sous une pression nerveuse, et presque aussitôt, celui qu'elle avait redouté de voir parut à la porte de l'atelier.
—Vous voyez que je suis indiscret: je reviens déjà, dit-il avec un sourire que Léna trouva contraint. Vous m'avez habitué tous deux à croire que cette maison était un peu la mienne....
Tous deux! Quoi! avait-il pu se méprendre au plaisir qu'elle témoignait de sa venue? Pouvait-il croire qu'elle avait désiré, indirectement sollicité son retour? Elle se sentait faiblir à cette pensée odieuse....
Il s'aperçut certainement de son embarras; mais elle se demanda avec angoisse comment il l'interprétait. Avec son tact habituel, il parla aussitôt de choses banales, puis de son séjour à Rome.
—N'êtes-vous pas allé à Florence? demanda Hervé qui, lui aussi, était en proie à une pénible anxiété.
—Non, j'avais besoin de solitude.
—Mme Desmoutiers et son fils y sont-ils encore? dit Léna avec une tranquillité affectée.