—La vérité.... Je la lui devais entière, si brutale qu'elle fût.
—Brutale? répéta la comtesse, bondissant sur son fauteuil.
—J'ai dû lui avouer que je n'ai plus d'amour à donner, que je lui offrais seulement une protection affectueuse, une communion de devoirs....
Les deux petites mains blanches et flétries de son interlocutrice s'élevèrent en signe de détresse.
—Vous lui avez dit cela!! D'abord, ce n'est pas vrai! Le cœur ne meurt jamais, et il n'est pas d'homme malheureux qui ne reprenne à la vie près d'une femme aimante, dont l'esprit et le cœur sont des merveilles!
—Mais Mlle de Coatlanguy est comme moi: elle a été déçue, et elle refuse, elle, de se marier.
La comtesse le regarda en face, avec un étonnement non affecté.
—Et vous avez trente-cinq ans! Et vous croyez que vous connaissez le cœur humain! Et vous prenez au sérieux les désappointements d'une fille de vingt ans!... Vraiment!... Elle briserait sa vie parce qu'un jeune fou qu'elle a connu pendant un mois a cessé d'être amoureux d'elle!...
—Mais puisqu'elle m'a refusé!
—Est-ce qu'elle pouvait faire autrement? C'était si tentant, n'est-ce pas, de s'entendre insinuer qu'elle ne serait jamais aimée, qu'elle ne consolerait jamais votre deuil, que vous la choisissiez uniquement comme l'associée de vos bonnes œuvres!