La vieille fille arracha presque le feuillet des mains de son frère, et lut avidement ce qui suit:

«Monsieur le curé,

«Voulez-vous permettre à une vieille amie de Mlle de Coatlanguy de venir vous faire part d'une situation pénible, et même inquiétante?

«M. Lebreton de Coatlanguy est très malade, et sa fille l'ignore. Il peut succomber soudainement à l'affection cardiaque dont il est atteint depuis longtemps, et qui fait des progrès terribles. Ses forces s'usent sans qu'il s'en doute, sans qu'Hélène s'inquiète; tous deux espèrent que l'été le guérira.

«Il m'a semblé que la famille de cette enfant, si terriblement isolée, devait être prévenue. Elle m'a parlé souvent avec une affection attendrie du bon curé de Boulommiers. Je sais aussi que M. Lebreton a un frère, et que le désir ardent, maladif, qu'il a de le revoir, contribue à user ce qui lui reste de vie....

«Que Dieu et sa sainte Mère vous inspirent!

«Et croyez, Monsieur le curé, à mon religieux respect.»

—Ce que je pense? dit Mélanie, les yeux encore attachés sur la signature de la comtesse Bolomei, ce que je pense!... Hélas! mon pauvre Yves, je dis que c'est triste d'être pauvre; je serais allée soigner Hervé, et toi le préparer aux derniers sacrements....

—Il y a sans doute un bon prêtre près de lui, ma sœur; on peut se fier à Léna, et d'ailleurs, le pauvre garçon n'a jamais, que je sache, abandonné la foi de sa jeunesse.... Mais je ne puis penser sans frémir au remords qu'aura Alain, si son frère meurt sans le revoir.

—Écris-lui!