—Nous pouvons partir ce soir.... Loïzik nous fera manger un morceau, et Goulven nous conduira à Morlaix pour l'heure de l'express.... Tu peux venir avec moi, n'est-ce pas?

—Il faut que je télégraphie à Monseigneur, mais il ne me refusera pas.... Écoute, Alain, c'est une grande dépense, mais je puis y pourvoir en ce qui me concerne, grâce à la charité d'un ami généreux....

—Point d'aumône, je te prie, quand mon frère et moi sommes en jeu! interrompit sèchement le maire. C'est moi qui t'emmène, et je peux, Dieu merci, payer cette dépense!

Il revint vers la maison d'un pas vif. Sauf la pâleur qui demeurait sur son visage, on n'eût pas deviné qu'il venait de subir un si profond bouleversement. Il appela Loïzik de sa voix impérieuse:

—Prépare-nous un peu de soupe et de la viande froide, dit-il. Je pars ce soir, avec l'abbé.

Elle le regarda, surprise et inquiète, sans oser l'interroger.

—Je vais très loin d'ici, reprit-il, s'efforçant de garder son inflexion décidée, en Italie, à Venise.... L'abbé m'a apporté de mauvaises nouvelles de... mon frère Hervé....

Loïzik tressaillit en l'entendant prononcer ce nom pour la première fois.

—Oh! mon père!... Et Léna?...

Une soudaine émotion détendit les traits sévères d'Alain.