Sans savoir pourquoi, elle tressaillit.

—C'était dans une allée de notre jardin. Comme à chaque printemps, l'herbe envahissait cette allée, et il y avait de petites marguerites serrées comme des gouttes de lait. Ma mère me regardait courir, et comme Alain venait au-devant de moi, elle lui dit, dans le rêve, comme elle disait jadis: «Tiens la main de ton petit frère....»

Il soupira, et ajouta doucement:

—Ah! le printemps de la vie, la primavera della gioventù est passé, et les fleurs avec lui; mais c'est quand la route devient sombre et qu'on approche du but, qu'on voudrait s'appuyer sur les siens.... Pauvre Alain! Il ne pressera plus la main de son frère.... Et peut-être regrettera-t-il un jour d'avoir été si impitoyable!

Léna s'assit près de lui.

—Cher père, que diriez-vous si j'avais une bonne, très bonne nouvelle à vous annoncer?

Il la regarda avec un mélange de surprise et d'espoir, et, sa pensée s'éloignant de son frère pour revenir à une autre chose qui le hantait, il dit:

—M. de Salles est revenu?

Léna s'effraya presque. Était-ce une espèce de divination ou de seconde vue qui semblait l'avertir de la présence de ceux qui occupaient son esprit? Cette lucidité, ou cet effet de télépathie, signifiait-il un changement dans son état?

—Je crois, en effet, que M. de Salles est arrivé, répondit-elle avec un peu d'effort; je suis à peu près sûre de l'avoir vu, hier soir, de ma fenêtre.... Mais c'est autre chose, c'est une vraie joie que j'ai à vous annoncer.