Le peintre sourit, effleurant un instant du regard ce qui l'entourait, puis il abaissa ses paupières et se recueillit en silence.

Alors le vieux capucin entra, et déposa sur l'autel improvisé le Viatique sacré. Mais ce fut l'abbé Yves qu'il laissa adresser au mourant une dernière parole.

Cette parole, suprême encouragement de l'âme apaisée qui allait partir, fut la même qui avait changé le cœur altier d'Alain.

—«La paix soit avec vous!» Tu la goûtes déjà, mon ami, mon frère.... La terre ne te l'a pas donnée; mais voici l'heure de la joie et de la lumière. Celui qui va reposer sur ton cœur a rassemblé près de toi les amis de ton enfance, et celui qui va être le protecteur de ton enfant: c'est là le prélude de la réunion éternelle.... Car notre Dieu bon admet dans son paradis même les joies de la terre transfigurées: ton cher et saint patron, au milieu de son bonheur de voir le Christ et sa Mère, s'attendrissait de retrouver ses parents et ses Bretons ar Baradoz!

Le vieux moine, prenant le ciboire d'or, déposa la nourriture sacrée sur ces lèvres mourantes, et la pensée de l'au-delà plana sur cette scène où la vie, une vie mystérieuse et puissante, avait, après tout, raison de la mort....

—Alain!

Le maire s'approcha. Ses paupières paraissaient sanglantes, brûlées qu'elles étaient par les larmes amères, corrosives, qu'il avait versées.

—C'est toi qui la conduiras à l'autel, dit Hervé d'une voix qui s'affaiblissait.

Un sanglot échappa à cet homme qui s'était cru impassible, et il se laissa glisser sur ses deux genoux.

—Jamais je ne me consolerai si je ne te ramène pas au Coatlanguy!