Goulven et son père chantaient à pleine poitrine le Gloria et le Credo, et Landry, entraîné plutôt, peut-être, par la note pittoresque que par la dévotion, mêla à leurs voix rudes sa voix harmonieuse.
Le prône lui parut long, bien qu'il s'émût à cette coutume touchante de redire aux vivants les noms de ceux qui passèrent avant eux en ce lieu saint, et qui dormaient tout près, dans le cimetière rustique.
La sortie de l'église fut bruyante et joyeuse, chacun s'interpellant, les groupes se formant sur la place. Les tombes du cimetière étaient pieusement visitées; en Bretagne, les trépassés restent mêlés à l'existence humaine. Jusqu'au milieu des fêtes, leur souvenir est présent; les joyeux propos du repas nuptial s'interrompent soudain devant la prière qui s'élève en faveur des absents.
Landry put voir quelle place occupait, dans ce petit pays, la famille de Coatlanguy. Le maire gardait le prestige de son vieux nom; malgré sa fortune amoindrie, il était encore le seigneur du manoir, et les paysans lui savaient un gré inconscient d'être quand même devenu l'un d'eux.
Il tenait vraiment dans sa main ces êtres rudes, indépendants par nature, mais qui s'étaient librement donnés. Aux jours de vote, pas un ne manquait à l'appel, pas un n'oubliait le mot d'ordre. Et aux offices ils demeuraient fidèles, réjouissant le cœur de leur prêtre.
Le dîner de midi fut un peu plus recherché, en l'honneur du dimanche. La conversation roula sur les coutumes du pays, sur les traditions jalousement gardées, et aussi sur les légendes terribles ou gracieuses qui s'attachaient aux sites et aux demeures. Puis les jeunes filles s'en allèrent à leur toilette, tandis que Landry fumait au jardin avec le maire et son fils, dans la grande paix et le silence de ce dimanche ensoleillé.
Comme le second son des vêpres tintait dans l'air tranquille, Landry s'arrêta court devant l'apparition soudaine qui s'offrait à lui sous le porche du manoir. Dans l'ogive profonde sur laquelle montait le lierre, Loïzik et Léna se tenaient, souriantes, pour avertir leur oncle que les vêpres avaient sonné. Loïzik, appelée ce jour-là à l'honneur de porter la statue de la Sainte Vierge avec trois autres jeunes filles, était vêtue de blanc: robe de mousseline à plis, long châle traînant en crêpe de Chine merveilleusement brodé; elle avait remplacé sa petite coiffe ronde par un pittoresque et immense cornet de dentelle, rappelant le hennin du moyen âge. Elle semblait ainsi plus pure et plus candide encore qu'à l'ordinaire; et son regard naïf alla chercher une approbation dans celui de Goulven, approbation qui, pour être silencieuse, n'en fut pas moins éloquente.
N'étant point aujourd'hui «dans les honneurs», Léna n'était pas habillée de blanc; cependant, elle s'était faite belle,—si belle que son oncle la regarda avec surprise.
—Qu'est-ce qui t'a pris, Lénik, de mettre aujourd'hui ta plus belle robe? Ce n'est cependant qu'une petite fête!
Léna rougit.