LANDRY A MME DESMOUTIERS

«Morlaix, octobre.

»Vous vous plaignez de l'emploi exagéré que je fais des cartes postales, chère maman aimée, et vous vous inquiétez des suites de mon accident. Je ne vous en aurais pas parlé, s'il eût été grave. La vérité est que ma main droite a été un peu froissée; mais je la remue sans peine aujourd'hui, et je vais vous rassurer tout à fait.

»D'abord, vous vous êtes mépris sur le genre d'hospitalité que j'ai reçue; ce n'est pas dans une vulgaire ferme bretonne, mais dans un manoir délicieusement vieux et pittoresque que j'ai été recueilli. Vous seriez enthousiasmée de cette famille de gentilshommes qui se voue, par un sentiment très haut, à ce noble et modeste labeur de la terre, et qui a pris à tâche de conserver autour d'elle la vieille foi et les traditions antiques. M. de Coatlanguy pousse le respect de sa mission—car c'en est une qu'il accomplit,—jusqu'à porter le costume national qui, d'ailleurs, fait ressortir d'une manière plus frappante son type singulièrement aristocratique. J'ai vécu là des jours inoubliables, et en chassant, je retourne volontiers chez lui. Votre fils y a des succès, maman chérie; il y fait de la musique et y dit des vers comme dans un salon parisien; à la porte, restée ouverte, les domestiques viennent écouter, bouche bée; puis, en échange, me chantent des sônes bretons. Savez-vous que je suis tenté d'apprendre cette belle et forte langue?

»Quand j'aurai un peu chassé, je vous reviendrai, et je jouirai doublement de ma mère chérie, bien que je m'attende à trouver la vie parisienne un peu mièvre et nos installations un peu trop recherchées, après cette liberté d'allures, cette simplicité de mœurs, cette grandeur désolée que je goûte ici.

»Je vous aime et vous embrasse avec une tendresse encore doublée par l'absence.»

LANDRY A SÉVERIN DE SALLES

«Morlaix, octobre.

»Mon vieux Séverin, ce n'est donc plus seulement ma mère qui se plaint: ton vieux flair s'éveille, et tu fais appel à ma confiance.

»Tu sais que, pour toi, elle est entière; mais avant de t'ouvrir mon cœur, je voulais y lire clairement moi-même, et envisager froidement une situation qui a bien ses côtés compliqués.