—Voici l'heure du catéchisme.... Mais tu parles breton, ma fille?

—Oh! oui, dit Léna en riant; l'oncle Alain y tient plus qu'au français.

Le curé se mit alors à parler, avec une légère hésitation provenant du manque d'habitude, la langue chérie, la langue natale que, seule près de lui, Mélanie pouvait comprendre. Il se leva à regret pour le catéchisme.

—Allons, Sandoz, il est l'heure.... Vous m'aiderez à remercier le bon Dieu du bonheur qu'il me donne aujourd'hui.... Si je n'ai pu aller chez nous, eh bien! le pays est ici avec cette enfant!

—Comme mon oncle semble bon! dit Léna, suivant Mélanie dans l'étroit escalier de sapin.

—Trop bon! Mais c'est vrai qu'il est un saint.... Il mourra ici, parmi ses voyous et ses vagabonds. Il en arrache encore quelques-uns au diable, et tant qu'il tiendra debout, il refusera d'aller se reposer là-bas.

Elle ouvrit une porte dépeinte, et Léna vit une petite chambre pauvre et propre, avec de la perse bleue passée à la fenêtre et au lit, une commode de merisier et deux chaises de paille. Un second lit, voilé d'une couverture de piqué, avait été étendu pour elle.

—Tu partageras ma chambre, ma fille.... Ce n'est pas beau, mais je te l'offre de tout cœur.

Léna, qui connaissait les presbytères bretons, pauvres, mais assez vastes pour donner l'hospitalité, éprouva un désappointement; elle allait gêner sa cousine, et elle regrettait de n'avoir pas un coin à elle. Dès ce moment, elle sentit qu'elle ne pourrait rester longtemps.... Il fallait se hâter de voir la mère de Landry.

—Tante Mélanie, dit-elle, rougissant, il faut que je vous dise que j'ai.... des amis à Paris.... C'est-à-dire que je n'ai jamais vu sa mère, mais je suis sûre qu'elle désire me voir.