Une exclamation faillit précipiter Léna en bas de sa chaise. Mlle Mélanie, qui venait d'entrer, exprimait une admiration qui la rasséréna un peu.

—La robe va très bien, Léna! Elle est vraiment jolie! Je t'ai laissée dormir, car tu étais fatiguée.... Veux-tu déjeuner? Mon frère se met à table.... Oh! mais tu es tout à fait bien habillée!

Un peu embarrassée de son nouveau personnage, Léna releva soigneusement sa robe pour descendre l'escalier, et entra dans la salle à manger, où le curé se coupait en hâte un morceau de pain. Il laissa, de surprise, échapper son couteau.

—Déjà transformée en Parisienne! s'écria-t-il naïvement. Je suis sans doute incompétent, mais je regrette ma petite Bretonne....

—Vous la reverrez: j'ai la défense de rentrer au Coatlanguy autrement que j'en suis partie, répondit la jeune fille, cherchant vainement des yeux une glace qui la familiarisât avec son costume.

Le curé était moins loquace que la veille. On eût dit que cette autre Léna le déconcertait un peu, et qu'il n'avait plus le même entrain à lui parler de son pays.

Ce déjeuner tardif finissait à peine que la sonnette de la porte retentit si violemment que le curé se leva tout droit, tandis que la jeune fille, agitée d'un pressentiment heureux, cessait presque de respirer.

Oui, c'était Landry! Mais un Landry un peu différent de celui de Coatlanguy,—non plus le chasseur au costume sans gêne, avec le chapeau mou orné d'une plume de perdrix ou de râle, mais un personnage très élégant, très correct dans son pardessus bien coupé, son col de fourrure et ses gants irréprochables.

Elle rencontra son regard.... Un regard hésitant, étonné, désorienté, qui fit horriblement battre son cœur.

—Oh! c'est vous, enfin! dit-il, comme si, déconcerté par ce changement de costume, il ne l'eût reconnue qu'à la brillante rougeur de ses joues et à l'éclat de son regard.