—Il y a longtemps... dit Léna, le cœur serré.
—Longtemps! Cela m'étonne! Mais il y aura peut-être une exposition posthume.... Je ne peux décidément pas laisser cette étude à moins de trois cents francs!
Les deux femmes s'éloignèrent silencieusement.
—Saviez-vous que mon pauvre père était connu? demanda Léna avec émotion. Il faudra que vous me parliez de lui, tante Mélanie. Vous deviez être sa petite amie d'enfance.
—Ah! oui, il y a longtemps, ma petite! J'étais encore bien jeune quand mon frère est venu dans ce diocèse, où l'on demandait des prêtres.... Ma mère vivait... Elle avait gardé son costume.
—Mais mon père?...
—Oui, oui, le pauvre! Il a eu tant de chagrin de perdre ta mère! C'est si triste! Tiens, j'ai connu un jeune bijoutier, marié à vingt-trois ans.... Ah! prends garde aux voitures! Il fait nuit, on serait vite écrasé!
Et elle continua à parler avec volubilité de toutes choses, sauf du père de Léna, jusqu'au moment où elle s'arrêta devant un vieil hôtel majestueux, dont la porte cochère était close.
—Te voilà au numéro indiqué. Moi, je vais demander à souper à mon amie de la rue du Bac, une vieille fille comme moi.... J'achèterai, en passant, un peu de jambon et deux babas, pour ne pas la surprendre.... Là, je tire le bouton.... Je reviendrai, un peu avant dix heures, et je te ferai prévenir; mais je n'entrerai pas chez cette belle dame, ma robe est trop maussade.
La porte venait de s'entre-bâiller, et Mélanie s'éloignait déjà de son pas trottinant.