Elle fit signe que oui, et aussitôt, une femme de chambre élégante, délicieusement coiffée, avec un joli petit chiffon de batiste brodée en guise de tablier, surgit d'un angle et lui offrit de la débarrasser de son chapeau.

Une grande glace s'élevait en face d'elle, et pour la première fois depuis le matin, elle se vit toute entière dans sa nouvelle toilette.

Une affreuse anxiété la saisit. Un instinct subtil, plutôt qu'un goût défini, lui fit entrevoir que le ton de sa robe était terne, que la blouse s'ajustait mal, que le nœud de mousseline était commun, et qu'enfin, ébouriffée par le vent, décoiffée par son chapeau trop lourd, elle était infiniment moins bien que la femme de chambre qui s'empressait autour d'elle avec des regards curieux.

Une inexprimable détresse l'envahissait. Elle eut envie de reprendre précipitamment son chapeau et de se sauver; elle n'avait plus le courage d'entrer seule dans ce salon qui la terrifiait d'avance, ni d'affronter, ainsi vêtue, ainsi enlaidie, les regards de Landry. Mais il était trop tard. Le valet de chambre avait déjà ouvert une porte, soulevé une portière, et, du fond d'un salon qui lui parut féerique, Landry s'avançait vivement à sa rencontre.

Elle éprouva une impression de soulagement en revoyant son visage familier; oui, mais une impression rapide et passagère, car elle constata aussitôt dans son regard le même désappointement mal contenu, dans ses manières, le même embarras qui l'avaient fait souffrir le matin.

Elle plaça machinalement dans la main qu'il lui tendait ses doigts qui se glaçaient dans ses gants trop foncés et trop larges, et se sentit entraînée sur le tapis moelleux, à travers des sièges et d'élégants petits meubles, vers la femme tant redoutée qui attachait sur elle un regard aigu.

Malgré son trouble, une admiration sans borne la saisit en voyant cette jolie femme de cinquante ans, qui, à ses yeux inexpérimentés, semblait très jeune, et dont les cheveux blancs, l'air délicat, les paupières bleuies semblaient être des attraits de plus.

—Soyez mille fois la bienvenue, mademoiselle.... Je suis heureuse de vous recevoir à mon tour, car je vous garde une vraie reconnaissance pour l'accueil et les soins que mon pauvre Landry a trouvés chez vous.

Les paroles étaient chaleureuses, le ton ne l'était pas. La voix était mesurée, étudiée, et, si peu préparée aux nuances que dût être Léna, elle sentit dans cette exagération même d'amabilité une espèce de condescendance et une invisible barrière.

Elle ne sut que répondre, et comprit qu'elle paraissait odieusement sotte et gauche.