—Pourquoi... je ne sais pas... c'est ma destinée... Il y a des jours où je voudrais mourir...
Ils étaient entrés dans un petit bosquet. Le soir tombait. Je les suivis. Villaça avait dans le regard des éclairs de vin et de volupté.
—Laissez-moi, lui dit-elle.
—Personne ne nous voit. Mourir, cher ange, quelle idée! Vous savez bien que je vous suivrais dans la mort... Que dis-je!... je meurs tous les jours de passions et de tristesse...
Dona Eusebia porta son mouchoir à ses yeux.
L'improvisateur cherchait quelque phrase littéraire dans sa mémoire et trouva ceci, qu'il avait plagié comme j'eus l'occasion de le vérifier plus tard.
—Ne pleure pas, mon amour, tu ne voudrais pas que le jour se levât avec deux aurores.
Ceci dit, il l'attira vers lui. Elle résista pour la forme et se laissa faire. Leurs lèvres s'unirent, et j'entendis le bruit d'un léger baiser, du plus timide des baisers.
—Le Dr Villaça vient de donner un baiser à Dona Eusebia, m'écriai-je en courant dans le jardin.
Mes paroles furent comme un coup de tonnerre. Chacun demeura stupéfait. On se regardait, on échangeait des sourires, des observations à demi-voix. Les mères entraînaient leurs filles, sous prétexte que la nuit était fraîche.