Soudain une idée géniale... Ah! trapèze de mes péchés, trapèze des conceptions folles! mon idée se mit à y faire des cabrioles comme plus tard celle de l'emplâtre (chapitre II). Il fallait fasciner Marcella, l'éblouir, l'entraîner. Et je découvris un moyen beaucoup plus convaincant que les supplications. Je ne considérai point les conséquences possibles. Je fis de nouveaux billets: je me rendis rue dos Ourives, j'achetai le plus joli bijou en montre, trois diamants énormes, enchâssés dans un peigne d'ivoire; et je courus chez Marcella.
Elle était couchée sur un hamac, dans une attitude amollie, la jambe pendante, montrant le petit pied chaussé de soie, les cheveux épars, le regard tranquille et somnolent.
—Tu m'accompagnes, dis-je. J'ai trouvé de l'argent, beaucoup d'argent; tu auras tout ce que tu désireras. Tiens, prends.
Et je lui montrai le peigne avec ses diamants. Marcella tressaillit, dressa son buste, s'appuya sur le coude, et considéra le peigne pendant un instant très court. Puis elle détourna les regards. Elle s'était reprise. Alors je saisis ses cheveux, je les tordis, je les nouai à la hâte, j'improvisai une coiffure, et je couronnai mon œuvre du peigne aux diamants. Je reculai, je m'approchai de nouveau, retouchant les tresses, les abaissant ou les relevant, cherchant à établir quelque symétrie dans ce désordre. Et j'apportais à ces minuties une tendresse de mère.
—Voilà, dis-je enfin.
—Quel fou! s'écria-t-elle.
Ce fut sa première réponse. La seconde consista à m'attirer, à me payer de mon sacrifice par un baiser, le plus ardent de tous. Ensuite elle prit le peigne, en admira la matière et le travail, me regardant de temps à autre, en secouant la tête d'un air de reproche.
—A-t-on jamais vu!... disait-elle.
—Viendras-tu?
Elle réfléchit un instant. L'expression de ses regards ne me plut guère, qui allaient de moi au mur et du mur au bijou. Mais cette mauvaise impression se dissipa quand elle m'eut répondu résolument: