Il mourut quelques jours après cette visite, un matin de mai, entre ses deux enfants, Sabine et moi. Mon oncle Ildefonso et mon beau-frère étaient aussi présents. La science des médecins, notre tendresse, tous les soins dont on l'entoura furent vains: il devait mourir, et il mourut.
—Un Cubas!
[XLV. NOTES]
Larmes et sanglots, la maison tendue de noir, un homme qui vient habiller le cadavre, un autre qui prend les dimensions du corps, un cercueil qu'on apporte, un catafalque que l'on dresse, de grands chandeliers, des lettres de faire-part, des gens qui entrent, lentement, à pas de loup, qui serrent la main aux personnes de la famille, les uns tristes, les autres sérieux et muets, un prêtre et un sacristain, des prières, des aspersions d'eau bénite, l'ensevelissent, le choc du marteau sur les clous, six personnes qui s'emparent du cercueil, l'emportent, descendent difficilement l'escalier malgré les cris, les sanglots et les larmes renouvelées de la famille, et placent la caisse funèbre sur le char; les courroies qu'on attache et que l'on serre, la voiture qui se met en branle, et les autres voitures qui défilent une à une... tous ces aspects qui paraissent une liste d'inventaire, sont autant de notes que j'avais prises pour un chapitre triste et après tout banal, que je n'écrirai pas.
[XLVI. L'HÉRITAGE]
Regarde-nous, maintenant, lecteur. Huit jours se sont passés depuis la mort de mon père. Ma sœur est assise sur un sofa, un peu plus loin. Cotrim, debout, appuyé sur une console, les bras croisés, mord ses moustaches. Je fais les cent pas, les regards au plancher. Grand deuil, profond silence.
—Mais enfin, dit Cotrim, cette maison vaut tout au plus trente contos; mettons trente-cinq.
—Elle en vaut cinquante, répondis-je; Sabine sait parfaitement qu'elle en a coûté cinquante-huit.