Je lui démontrai le contraire. Le monde est vaste, j'avais le moyen de vivre où bon me plairait, où je trouverais un air pur et beaucoup de soleil. Il ne nous rejoindrait pas. Seules, les grandes passions sont capables de grandes actions, et l'amour qu'il avait pour elle n'était pas assez puissant pour qu'il lui courût après au bout du monde. Virgilia fit un geste de stupeur, et presque d'indignation. Et elle murmura que son mari avait pour elle une grande affection.
—C'est bien possible, lui répondis-je; c'est bien possible...
Je m'approchai de la fenêtre, et je commençai à tapoter sur l'accoudoir. Virgilia m'appela. Je continuai à ruminer mes haines et ma jalousie, pensant au plaisir avec lequel je tordrais le cou au mari si je l'avais là sous la main. Et voilà qu'à cet instant même, il franchit la porte du jardin. Rassure-toi, lectrice déjà défaillante, je ne marquerai pas cette page d'une tache de sang. Je fis, de loin, un geste amical au nouveau venu, en lui adressant une parole gracieuse. Virgilia battit en retraite, pour revenir deux ou trois minutes après.
—Il y a longtemps que vous êtes ici? me dit-il.
—Non.
Il était entré, l'air sérieux, en promenant, suivant son habitude, des regards distraits autour de lui. Mais son fils Nhonhô, le futur avocat du chapitre VI, survint, et la physionomie de Neves s'éclaira d'une expression joviale. Il le prit dans ses bras, le souleva, l'embrassa à plusieurs reprises. Je m'éloignai d'eux, car je ne pouvais souffrir cet enfant. Sur ces entrefaites, Virgilia rentra.
—Ouf! soupira Lobo Neves, en s'étendant paresseusement sur un sofa.
—Fatigué? lui dis-je.
—Horriblement: j'ai eu des tracas, à la Chambre d'abord, dans la rue ensuite, et encore un troisième ennui, ajouta-t-il en regardant sa femme.
—De quoi s'agit-il? demanda Virgilia.