«Ne te fâche point, mon petit ogrelet, je vais te déclarer la vérité. Il est venu aujourd'hui trois jeunes fillettes que j'ai prises, mais ce serait dommage de les manger, car elles savent tout faire. Comme je suis vieille, il faut que je me repose; tu vois que notre belle maison est fort malpropre, que notre pain n'est pas cuit, que la soupe ne te semble plus si bonne, et que je ne te parais plus si belle, depuis que je me tue de travailler; elles seront mes servantes; je te prie, ne les mange pas à présent; si tu en as envie quelque jour, tu en seras assez le maître.»
L'ogre eut bien de la peine à lui promettre de ne les pas manger tout à l'heure. Il disait:
«Laisse-moi faire, je n'en mangerai que deux.—Non, tu n'en mangeras pas.
—Hé bien, je ne mangerai que la plus petite.»
Et elle disait:
«Non, tu n'en mangeras pas une.»
Enfin après bien des contestations, il lui promit de ne les pas manger. Elle pensait en elle-même:
«Quand il ira à la chasse, je les mangerai, et je lui dirai qu'elles se sont sauvées.»
L'ogre sortit de la cave, il lui dit de les mener devant lui; les pauvres filles étaient presque mortes de peur, l'ogresse les rassura; et quand il les vit, il leur demanda ce qu'elles savaient faire. Elles répondirent qu'elles savaient balayer, qu'elles savaient coudre et filer à merveille, qu'elles faisaient de si bons ragoûts, que l'on mangeait jusques aux plats, que pour du pain, des gâteaux et des pâtés, l'on en venait chercher chez elles de mille lieues à la ronde. L'ogre était friand, il dit:
«Ça, çà, mettons vite ces bonnes ouvrières en besogne; mais, dit-il à Finette, quand tu as mis le feu au four, comment peux-tu savoir s'il est assez chaud?