«Mon cher fils, tu veux nous faire étouffer de douleur, car tu aimes, et tu nous caches tes sentiments; dis-nous qui tu veux, et nous te la donnerons, quand ce ne serait qu'une simple bergère.»

Le prince, plus hardi par les promesses de la reine, tira la mule de dessous son chevet, et l'ayant montrée:

«Voilà, madame, lui dit-il, ce qui cause mon mal; j'ai trouvé cette petite pouponne, mignonne, jolie mule en allant à la chasse; je n'épouserai jamais que celle qui pourra la chausser.

—Hé bien, mon fils, dit la reine, ne t'afflige point, nous la ferons chercher.»

Elle fut dire au roi cette nouvelle; il demeura bien surpris, et commanda en même temps que l'on fût avec des tambours et des trompettes, annoncer que toutes les filles et les femmes vinssent pour chausser la mule, et que celle à qui elle serait propre, épouserait le prince. Chacune ayant entendu de quoi il était question, se décrassa les pieds avec toutes sortes d'eaux, de pâtes et de pommades. Il y eut des dames qui se les firent peler, pour avoir la peau plus belle; d'autres jeûnaient ou se les écorchaient afin de les avoir plus petits. Elles allaient en foule essayer la mule, une seule ne la pouvait mettre et plus il en venait inutilement, plus le prince s'affligeait.

Fleur-d'Amour et Belle-de-Nuit se firent un jour si braves, que c'était une chose étonnante.

«Où allez-vous donc? leur dit Finette.

—Nous allons à la grande ville, répondirent-elles, où le roi et la reine demeurent, essayer la mule que le fils du roi a trouvée; car si elle est propre à l'une de nous deux, il l'épousera, et nous serons reines.

—Et moi, dit Finette, n'irai-je point?

—Vraiment, dirent-elles, tu es un bel oison bridé: va, va arroser nos choux, tu n'es propre à rien.»