—Elle est encore cent fois plus belle, dit le roi.

—Ah! vous vous moquez, répliqua le roi des paons.

—Sire, dit le prince, voilà mon frère qui est roi comme vous. Notre sœur, dont voici le portrait, est la princesse Rosette: nous venons vous demander si vous voulez l'épouser; elle est belle et bien sage, et nous lui donnerons un boisseau d'écus d'or.

—Oui, dit le roi, je l'épouserai de bon cœur. Elle ne manquera de rien avec moi, je l'aimerai beaucoup: mais je vous assure que je veux qu'elle soit aussi belle que son portrait, sinon, je vous ferai mourir.

—Eh bien, nous y consentons, dirent les deux frères de Rosette.

—Vous y consentez? ajouta le roi. Allez donc en prison, et restez-y jusqu'à ce que la princesse soit arrivée.»

Les princes le firent sans difficulté, car ils étaient bien certains que Rosette était plus belle que son portrait. Lorsqu'ils furent dans la prison, le roi allait les voir souvent et il avait dans son château le portrait de Rosette, dont il était si fou qu'il ne dormait ni jour, ni nuit.

Comme le roi et son frère étaient en prison, ils écrivirent par la poste à la princesse de faire rapidement sa malle et de venir le plus vite possible parce que, enfin, le roi des paons l'attendait. Ils ne lui dirent pas qu'ils étaient prisonniers, de peur de l'inquiéter trop. Quand elle reçut cette lettre, elle fut tellement transportée qu'elle pensa en mourir. Elle dit à tout le monde que le roi des paons était trouvé, et qu'il voulait l'épouser. On alluma des feux de joie, on tira le canon; l'on mangea des dragées et du sucre partout. Elle laissa ses belles poupées à ses amies, et le royaume de son frère entre les mains des plus sages vieillards de la ville.

Elle leur recommanda bien de prendre soin de tout, de ne guère dépenser, d'amasser de l'argent pour le retour du roi; elle les pria de conserver son paon, et ne voulut emmener avec elle que sa nourrice et sa sœur de lait, avec le petit chien vert Frétillon. Elles se mirent dans un bateau sur la mer. Elles portaient le boisseau d'écus d'or et des habits pour dix ans, à en changer deux fois par jour. Elles ne faisaient que rire et chanter. La nourrice demandait au batelier:

«Approchons-nous, approchons-nous du royaume des paons?»