Il y en eut un qui resta avec la jeune fille pour la garder, pendant que les trois autres coururent après Gris-de-lin qui leur donnait bien de l'exercice: la petite fille continuait de crier et de se plaindre.

«Hélas! ma belle princesse, disait-elle, que j'étais heureuse dans votre palais! Comment pourrai-je vivre éloignée de vous? Si vous saviez ma triste aventure, vous enverriez vos amazones après la pauvre Abricotine.»

Léandre l'écoutait et sans tarder il saisit le bras du voleur qui la retenait, et l'attacha contre un arbre, sans qu'il eût le temps ni la force de se défendre, car il ne voyait pas même celui qui le liait. Aux cris qu'il fit, il y eut un de ses camarades qui vint tout essoufflé et lui demanda qui l'avait attaché.

«Je n'en sais rien, dit-il, je n'ai vu personne.

—C'est pour t'excuser, dit l'autre; mais je sais depuis longtemps que tu n'es qu'un poltron, je vais te traiter comme tu le mérites.»

Il lui donna une vingtaine de coups d'étrivière.

Lutin se divertissait fort à le voir crier; puis, s'approchant du second voleur, il lui prit les bras et l'attacha vis-à-vis de son camarade. Il ne manqua pas alors de lui dire:

«Hé bien! brave homme, qui vient donc de te garrotter? N'es-tu pas un grand poltron de l'avoir souffert?»

L'autre ne disait mot, et baissait la tête de honte, ne pouvant imaginer par quel moyen il avait été attaché sans avoir vu personne.

Cependant Abricotine profita de ce moment pour fuir, sans savoir même où elle allait. Léandre, ne la voyant plus, appela trois fois Gris-de-lin, qui, se sentant pressé d'aller trouver son maître, se défit en deux coups de pieds des deux voleurs qui l'avaient poursuivi; il cassa la tête de l'un, et trois côtes de l'autre. Il n'était plus question que de rejoindre Abricotine, car elle avait paru fort jolie à Lutin; il souhaita d'être où était cette jeune fille. En même temps il y fut; il la trouva si lasse, si lasse, qu'elle s'appuyait contre les arbres, ne pouvant se soutenir. Lorsqu'elle aperçut Gris-de-lin, qui venait si gaillardement, elle s'écria: