—Qu'est-ce qui peut vous alarmer, madame? lui dit-il. Vous êtes souveraine ici, vous y êtes adorée; voudriez-vous m'abandonner pour votre cruelle ennemie?
—Si j'étais la maîtresse de ma destinée, lui dit-elle, le parti que vous me proposez serait celui que j'accepterais; mais je suis comptable de mes actions au roi mon père; il vaut mieux souffrir que de manquer à mon devoir.
Percinet lui dit tout ce qu'il put au monde pour la persuader de l'épouser, elle n'y voulut point consentir, et ce fut presque malgré elle qu'il la retint huit jours, pendant lesquels il imagina mille nouveaux plaisirs pour la divertir.
Elle disait souvent au prince:
—Je voudrais bien savoir ce qui se passe à la cour de Grognon, et comment elle s'est expliquée de la pièce qu'elle m'a faite.
Percinet lui dit qu'il y enverrait son écuyer, qui était homme d'esprit. Elle répliqua qu'elle était persuadée qu'il n'avait besoin de personne pour être informé de ce qui se passait, et qu'ainsi il pouvait le lui dire.
—Venez donc avec moi, lui dit-il, dans la grande tour et vous le verrez vous-même.
Là-dessus il la mena au haut d'une tour prodigieusement haute, qui était toute de cristal de roche, comme le reste du château: il lui dit de mettre son pied sur le sien, et son petit doigt dans sa bouche, puis de regarder du côté de la ville. Elle s'aperçut aussitôt que la vilaine Grognon était avec le roi, et qu'elle lui disait:
—Cette misérable princesse s'est pendue dans la cave, je viens de la voir, elle fait horreur; il faut vivement l'enterrer et vous consoler d'une si petite perte.
Le roi se mit à pleurer la mort de sa fille. Grognon, lui tournant le dos, se retira dans sa chambre, et fit prendre une bûche, que l'on ajusta de cornettes, et bien enveloppée on la mit dans le cercueil; puis par l'ordre du roi, on lui fit un grand enterrement, où tout le monde assista en pleurant, et maudissant la marâtre qu'ils accusaient de cette mort; chacun prit le grand deuil: elle entendait les regrets qu'on faisait de sa perte, et qu'on disait tout bas: