Par là passa un beau cheval d'Espagne, tout sellé, tout bridé; il y avait plus de diamants à sa housse, qu'il n'en faudrait pour acheter trois villes; et quand il vit la princesse, il se mit à paître doucement auprès d'elle; ployant le jarret, il semblait lui faire la révérence; aussitôt elle le prit par la bride:

«Gentil dada, dit-elle, voudrais-tu bien me porter chez ma marraine la fée? Tu me feras un grand plaisir, car je suis si lasse que je vais mourir; mais si tu me sers dans cette occasion, je te donnerai de bonne avoine et de bon foin; tu auras de la paille fraîche pour te coucher.»

Le cheval se baissa presque à terre devant elle, et la jeune Finette sauta dessus; il se mit à courir si légèrement, qu'il semblait que ce fût un oiseau. Il s'arrêta à l'entrée de la grotte, comme s'il en avait su le chemin; et il le savait bien aussi, car c'était Merluche qui, ayant deviné que sa filleule la voulait venir voir, lui avait envoyé ce beau cheval.

Quand elle fut entrée, elle fit trois grandes révérences à sa marraine, et prit le bas de sa robe qu'elle baisa; et puis elle lui dit:

«Bonjour, ma marraine; comment vous portez-vous? voilà du beurre, du lait, de la farine et des œufs que je vous apporte pour vous faire un bon gâteau à la mode de notre pays.

—Soyez la bien venue, Finette, dit la fée; venez que je vous embrasse.»

Elle l'embrassa deux fois, dont Finette resta très joyeuse, car madame Merluche n'était pas une fée à la douzaine. Elle dit:

«Ça, ma filleule, je veux que vous soyez ma petite femme de chambre; décoiffez-moi et me peignez.»

La princesse la décoiffa et la peigna le plus adroitement du monde.

«Je sais bien, dit Merluche, pourquoi vous venez ici; vous avez écouté le roi et la reine qui veulent vous mener perdre, et vous voulez éviter ce malheur. Tenez, vous n'avez qu'à prendre ce peloton, le fil n'en rompra jamais; vous attacherez le bout à la porte de votre maison, et vous le tiendrez à votre main. Quand la reine vous aura laissée, il vous sera aisé de revenir en suivant le fil.»