Et le saluant, il prit son chemin du côté des déserts de Libye; son beau cheval qui était de race zéphyrienne, car Zéphyre était son aïeul, allait aussi vite que le vent, de sorte qu'il fit une diligence incroyable.

Il avait beau écouter, il n'entendait d'aucun côté chanter la pomme; il s'affligeait de la longueur du chemin, de l'inutilité du voyage, lorsqu'il aperçut une pauvre tourterelle qui tombait à ses pieds; elle n'était pas encore morte, mais il ne s'en fallait guère. Comme il ne voyait personne qui pût l'avoir blessée, il crut qu'elle était peut-être à Vénus, et que s'étant échappée de son colombier, ce petit mutin d'Amour, pour essayer ses flèches, l'avait tirée. Il en eut pitié, il descendit de cheval; il la prit, il essuya ses plumes blanches, déjà teintes de sang vermeil; et tirant de sa poche un flacon d'or, où il portait un baume admirable pour les blessures, il en eut à peine mis sur celle de la tourterelle malade, qu'elle ouvrit les yeux, leva la tête, déploya les ailes, s'éplucha; puis regardant le prince:

«Bonjour, beau Chéri, lui dit-elle, vous êtes destiné à me sauver la vie, et je le suis peut-être à vous rendre de grands services. Vous venez pour conquérir la pomme qui chante; l'entreprise est difficile et digne de vous, car elle est gardée par un dragon affreux, qui a douze pieds, trois têtes, six ailes, et tout le corps de bronze.

—Ah! ma chère tourterelle, lui dit le prince, quelle joie pour moi de te revoir, et dans un temps où ton secours m'est si nécessaire! Ne me le refuse pas, ma belle petite, car je mourrais de douleur, si j'avais la honte de retourner sans la pomme qui chante; et puisque j'ai eu l'eau qui danse par ton moyen, j'espère que tu en trouveras encore quelqu'un pour me faire réussir dans mon entreprise.

—Vous me touchez, repartit tendrement la tourterelle, suivez-moi, je vais voler devant vous, j'espère que tout ira bien.»

Le prince la laissa aller; après avoir marché tout le jour, ils arrivèrent proche d'une montagne de sable.

«Il faut creuser ici», lui dit la tourterelle.

Le prince aussitôt, sans se rebuter de rien, se mit à creuser, tantôt avec ses mains, tantôt avec son épée. Au bout de quelques heures il trouva un casque, une cuirasse, et le reste de l'armure, avec l'équipage pour son cheval, entièrement de miroirs.

«Armez-vous, dit la tourterelle, et ne craignez point le dragon; quand il se verra dans tous ces miroirs, il aura tant de peur, que, croyant que ce sont des monstres comme lui, il s'enfuira.»

Chéri approuva beaucoup cet expédient, il s'arma des miroirs, et reprenant la tourterelle, ils allèrent ensemble toute la nuit. Au point du jour, ils entendirent une mélodie ravissante. Le prince pria la tourterelle de lui dire ce que c'était.