Réveillez-vous, belle endormie.
La princesse, curieuse, regarda promptement qui pouvait chanter si bien, et reconnaissant son cher frère, elle pensa se précipiter de sa fenêtre en bas pour être plus tôt auprès de lui; elle parla si haut, que tout le monde s'étant éveillé, l'on vint ouvrir la porte à Chéri. Il entra avec un empressement que l'on peut assez se figurer. Il tenait dans sa main la branche d'ambre, au bout de laquelle était le merveilleux fruit; et comme il l'avait sentie souvent, son esprit était augmenté à tel point, que rien dans le monde ne pouvait lui être comparable.
Belle-Étoile courut au-devant de lui avec une grande précipitation.
Pensez-vous que je vous remercie, mon cher frère? lui dit-elle, en pleurant de joie. Non, il n'est point de bien que je n'achète trop cher quand vous vous exposez pour me l'acquérir.
—Il n'est point de périls, lui dit-il, auxquels je ne veuille toujours me hasarder pour vous donner la plus petite satisfaction. Recevez, Belle-Étoile, continua-t-il, recevez ce fruit unique, personne au monde ne le mérite si bien que vous; mais, que vous donnera-t-il que vous n'ayez déjà!»
Petit-Soleil et son frère vinrent interrompre cette conversation; ils eurent un sensible plaisir de revoir le prince, il leur raconta son voyage, et cette relation les mena jusqu'au jour.
La mauvaise Feintise était revenue dans sa petite maison, après avoir entretenu la reine-mère de ses projets, elle avait trop d'inquiétude pour dormir tranquillement; elle entendit le doux chant de la pomme, que rien dans la nature ne pouvait égaler. Elle ne douta point que la conquête n'en fût faite! Elle pleura, elle gémit, elle s'égratigna le visage, elle s'arracha les cheveux; sa douleur était extrême, car au lieu de faire du mal aux beaux enfants, comme elle l'avait projeté, elle leur faisait du bien, quoiqu'il n'entrât que de la perfidie dans ses conseils.
Dès qu'il fut jour, elle apprit que le retour du prince n'était que trop vrai; elle retourna chez la reine-mère.
«Hé bien, lui dit cette princesse, Feintise, m'apportes-tu de bonnes nouvelles? Les enfants ont-ils péri?
—Non, madame, dit-elle, en se jetant à ses pieds, mais que Votre Majesté ne s'impatiente point, il me reste des moyens infinis de vous en délivrer.