MOI. Or, la femme est d'essence identique à l'homme; elle n'en diffère que par des modes et qualités qui, selon vous, ne la font point différer d'essence; donc encore la loi est la même pour elle que pour l'homme.
M. PROUDHON. C'est logique; mais je conclus le contraire, parce que l'homme est le plus fort.
MOI. Contradiction, mon Maître.
M. PROUDHON. «La balance sociale est l'égalisation du fort et du faible. Tant que le fort et le faible ne sont pas égaux, ils sont étrangers, ils ne forment point une alliance, ils sont ennemis.» (1er Mémoire sur la propriété, p. 57.)
MOI. Or, d'après vous, l'homme est le fort et la femme le faible d'une espèce identique; donc la balance sociale doit les égaliser, pour qu'ils ne soient ni étrangers ni ennemis.
M. PROUDHON. C'est logique; mais je prétends, moi, qu'ils doivent être inégalisés dans la société et dans le mariage. L'homme doit avoir la prépotence, parce qu'il est le plus fort.
MOI. Contradiction, mon Maître.
M. PROUDHON. «De l'identité de la raison chez tous les hommes, et du sentiment de respect qui les porte à maintenir à tout prix leur dignité mutuelle, résulte l'égalité devant la justice.» (1er volume De la justice, etc., p. 183.) Chacun est né libre: entre les libertés individuelles il n'y a d'autre juge que la balance, qui est l'égalité; l'identité d'essence ne permet pas de créer une hiérarchie. (2e vol. toute la 8e Étude.)
MOI. Or, la femme est d'essence identique à l'homme. Elle est née libre: entre elle et l'homme il n'y a donc d'autre juge que l'égalité; il n'est donc pas permis d'établir entre eux une hiérarchie.
M. PROUDHON. C'est logique. Mais je conclus au contraire qu'il faut hiérarchiser les sexes et donner la prépotence à l'homme, parce qu'il est le plus fort.