MOI. Or la femme étant d'espèce identique, l'homme a une dignité égale à la sienne; donc elle doit être respectée dans sa dignité, c'est à dire dans sa personne, sa liberté, sa propriété, ses affections; c'est son droit comme personne humaine, et l'homme ne peut le méconnaître sans manquer à la justice et à son devoir.

M. PROUDHON. C'est logique. Mais moi, je prétends que la femme n'a pas le droit que mes principes lui attribuent; que l'homme seul a des droits, parce que l'homme est le plus fort.

MOI. Contradiction, mon Maître.

M. PROUDHON. «La liberté est un droit absolu, parce qu'elle est à l'homme comme l'impénétrabilité est à la matière, une condition sine quâ non d'existence.» (1er mémoire sur la Propriété, p. 47.)

MOI. Or la femme est un être humain, elle a donc un droit absolu à la liberté, qui est sa condition sine quâ non d'existence.

M. PROUDHON. C'est logique. Mais je conclus au contraire que la femme n'a pas besoin de liberté, que cette condition sine qua non d'existence pour notre espèce, ne regarde pas la moitié de l'espèce, qu'il n'y a que l'homme qui ne puisse exister sans liberté, parce qu'il est le plus fort.

MOI. Contradiction, mon Maître.

M. PROUDHON. «L'égalité est un droit absolu, parce que sans l'égalité, il n'y a pas de société.» (Id.)

MOI. Or la femme est un être humain et social; elle a donc un droit absolu à cette égalité sans laquelle, dans la société, elle ne serait qu'une paria.

M. PROUDHON. C'est logique. Mais je n'en conclus pas moins que la femme n'a pas plus de droit à l'égalité qu'à la liberté. Que quoique de même espèce que l'homme, conséquemment devant relever de la loi d'égalité, cependant elle n'en relève pas, et doit être inégale et soumise à l'homme, parce qu'il est le plus fort.