Que l'élément primordial d'une société doive être la commune Sociétaire ou Phalanstère?

Que les passions les plus opposées, les plus diverses, soient les conditions sine qua non de l'harmonie?

Que la rétribution des œuvres et du concours doive se faire selon le Travail, le Capital et le Talent?

C'est ce que nous n'avons pas à examiner ici.

La seule chose qui doive nous occuper dans cette rapide revue des opinions contemporaines, est de rechercher quels sont les sentiments et les idées de Fourier et de son école en ce qui concerne l'objet principal de ce livre. Quelques pages du chef et une analyse sommaire y suffiront.

Voici ce qu'écrit Fourier dans la Théorie des quatre Mouvements, édition de 1848, pages 146, 147 et suivantes:

«Que les anciens philosophes de la Grèce et de Rome aient dédaigné les intérêts des femmes, il n'y a rien d'étonnant à cela, puisque ces rhéteurs étaient tous des partisans outrés de la pédérastie qu'ils avaient mise en grand honneur dans la belle antiquité. Ils jetaient le ridicule sur la fréquentation des femmes: cette passion était considérée comme déshonorante.... Ces mœurs obtenaient le suffrage unanime des philosophes qui, depuis le vertueux Socrate jusqu'au délicat Anacréon, n'affichaient que l'amour sodomite et le mépris des femmes, qu'on reléguait au deuxième étage, fermées comme dans un sérail, et bannies de la société des hommes.

«Ces goûts bizarres n'ayant pas pris faveur chez les modernes, on a lieu de s'étonner que nos philosophes aient hérité de la haine que les anciens savants portaient aux femmes, et qu'ils aient continué à ravaler le sexe, au sujet de quelques astuces auxquelles la femme est forcée par l'oppression qui pèse sur elle, car on lui fait un crime de toute parole ou pensée conforme au vœu de la nature ....... (p. 146).

«Quoi de plus inconséquent que l'opinion de Diderot, qui prétend que pour écrire aux femmes, il faut tremper sa plume dans l'arc en ciel et saupoudrer l'écriture avec la poussière des ailes du papillon? Les femmes peuvent répliquer aux philosophes: votre civilisation nous persécute dès que nous obéissons à la nature; on nous oblige de prendre un caractère factice, à n'écouter que des impulsions contraires à nos désirs. Pour nous faire goûter cette doctrine, il faut bien que vous mettiez en jeu les illusions et le langage mensonger, comme vous faites à l'égard du soldat que vous bercez dans les lauriers et l'immortalité pour l'étourdir sur sa misérable condition. S'il était vraiment heureux, il pourrait accueillir un langage simple et véridique qu'on se garde bien de lui adresser. Il en est de même des femmes; si elles étaient libres et heureuses, elles seraient moins avides d'illusions et de cajoleries, et il ne serait plus nécessaire pour leur écrire, de mettre à contribution l'arc en ciel et les papillons ... (p. 146 et 147).

«Lorsqu'elle (la Philosophie) raille sur les vices des femmes, elle fait sa propre critique; c'est elle qui produit ces vices par un système social qui, comprimant leurs facultés dès l'enfance et pendant tout le cours de leur vie, les force à recourir à la fraude pour se livrer à la nature.