Ou ce qu'ils font est bien, et alors ce ne peut être un mal pour la femme.

Ou ce qu'ils font est mal: alors pourquoi le font-ils?

Fourier croyait à l'unité de la loi morale et à l'égalité des sexes; il croyait à la légitimité des mœurs de ces messieurs, moins la perfidie et l'hypocrisie; voilà pourquoi il prétend émanciper la femme en amour: il est logique.

Du reste il a toujours répété que les mœurs qu'il peignait, seraient du désordre en période civilisée; qu'elles ne pourraient s'établir que progressivement dans les périodes subséquentes. Parmi les phalanstériens beaucoup repoussent aussi bien les mœurs amoureuses de Fourier que sa Théodicée, et j'ai entendu moi-même plusieurs leçons dans lesquelles l'orateur condamnait, non seulement la fausseté dans les rapports conjugaux, mais encore la légèreté des mœurs.

Fourier et l'orthodoxie Saint-Simonienne ont commis la même erreur au sujet de l'émancipation de la femme; mais les hommes, je le répète, seraient bien audacieux de leur en faire un crime, puisqu'ils se permettent pis; quant aux femmes, soutenues et aimées par ces réformateurs, qu'elles imitent la pieuse conduite de Sem et de Japhet: on doit des égards à son père, que ce soit l'idée ou le vin qui l'ait mis en état d'ivresse.

Maintenant que nous avons cité le maître, énumérons les principaux points de la doctrine Fouriériste, en ce qui touche la liberté de la femme et l'égalité des sexes:

1o L'homme et la femme se composent des mêmes éléments physiques, intellectuels et moraux: il y a donc entre les sexes identité de nature.

2o La proportion de ces éléments diffère chez les deux sexes, et constitue la différence qui existe entre eux.

3o Cette différence est équilibrée de manière à ce que la valeur soit égale. Où l'homme est le plus fort, il prend le pas sur la femme, où celle-ci est la plus forte, elle prend le pas sur l'homme.

4o L'homme appartient au mode majeur: il l'emporte sur la femme en intellect, en logique, en grande industrie, en amitié; à lui donc de créer les sciences positives, d'enchaîner les faits, de régir les relations commerciales, de relier tous les intérêts, d'organiser les groupes et les séries. La femme apporte à toutes ces choses son aide indispensable; mais par le fait de ses aptitudes, elle n'y rend que des services secondaires.