Ceci bien entendu, je dois vous dire que je suis personnellement satisfaite que vous attaquiez, dans le droit des femmes, la cause de la justice et du progrès. C'est pour cette cause un gage de succès: vous avez toujours été fatal à tout ce que vous avez voulu soutenir.

Il est vrai que votre attitude dans cette question fait de vous l'allié du dogmatisme moyen âge; il est vrai que les représentants officiels de ce dogmatisme s'emparent, à l'heure qu'il est, de vos arguments et de votre nom pour maintenir leur influence sur les femmes, et, par elles, sur les hommes et sur les enfants, et cela pour restaurer le passé, étouffer l'avenir. Est-ce votre intention? Je ne le crois pas. A mes yeux, vous êtes un démolisseur, un destructeur, chez lequel l'instinct emporte parfois l'intelligence et à qui il dérobe la vue nette des conséquences de ses écrits: nature de lutte, il vous faut des adversaires; et, faute d'ennemis, vous frappez cruellement sur ceux qui combattent dans les mêmes rangs que vous. Dans tous vos écrits on sent que la seconde éducation, celle que donnent le respect et l'amour de la femme, vous a complétement manqué.

Venons à votre lettre.

Vous me reprochez d'avoir fait quarante paralogismes: il fallait au moins en citer un. Cependant voyons.

Vous dites: entre l'homme et la femme il y a une séparation de même nature que celle que la différence de race met entre les animaux.

La femme, par nature et par destination, n'est ni associée, ni citoyenne, ni fonctionnaire.

Elle n'est, jusqu'à son mariage, qu'apprentie dans l'atelier social, tout au plus sous-maîtresse; elle est mineure dans la famille et ne fait point partie de la cité.

Vous ne concevez pas pour elle de destinée hors du ménage: elle ne peut être que ménagère ou courtisane.

Elle est incapable de se connaître et de se régir.

Faire un paralogisme, c'est être à côté de la question; or, étais-je à côté de la question en vous disant: