Quel paralogisme ai-je commis, en vous faisant remarquer que ce n'est pas elle mais vous qui la demandez, puisque vous posez en principe l'inégalité des sexes devant le droit humain?
Tout ce que vous dites relativement à la prétendue infériorité de la femme et les conséquences que vous en tirez s'appliquant aux races humaines inférieures à la nôtre, il me serait bien facile de démontrer que les conséquences de vos principes sont le rétablissement de l'esclavage. Le plus parfait a le droit d'exploiter à son profit le plus faible, au lieu d'être son éducateur... Admirable doctrine, Monsieur, pleine d'intelligence du progrès, pleine de générosité! Je vous en fais mon très sincère compliment.
Vous dites que le travail spécialisé est le grand émancipateur de l'individualité humaine; que le travail, la conscience, la liberté, la raison ne trouvent qu'en eux leur raison d'être et d'agir; que ces forces pures constituent la personne humaine qui est sacrée.
Vous posez en principe que la loi est la même pour tous; en sorte que, pour établir des exceptions, il faudrait prouver que les individus exceptés sont au dessus ou au dessous de l'espèce humaine.
Vous dites que la balance sociale est l'égalisation du fort et du faible; que tous ont les mêmes droits, non par ce qui les différencie, mais par ce qui leur est commun, la qualité d'êtres humains.
Ai-je fait des paralogismes en vous disant:
Alors vous ne pouvez, en raison de sa faiblesse et même d'une infériorité supposée, exclure la femme de l'égalité de droit: vos principes vous l'interdisent, à moins que vous ne prouviez:
Qu'elle est au dessus ou au dessous de l'espèce humaine, qu'elle n'en fait pas partie;
Qu'elle est dépourvue de conscience, de justice, de raison; qu'elle ne travaille pas, qu'elle n'exécute pas des travaux spécialisés.
Il est évident, Monsieur, que votre doctrine sur le droit général est en contradiction avec votre doctrine sur le droit de la femme; il est évident que vous êtes très inconséquent et que, quelque habile que vous soyez, vous ne pouvez sortir de cet embarras.